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Manuscrits africains anciens. Par S.E. Mohamed Saïd Ould Hamody, consultant, ancien ambassadeur de la République Islamique de Mauritanie (version word)
Cette communication est constituée de trois parties:
- Une première partie qui traitera des questions de référence relatives
aux manuscrits: qui? par qui? quoi? Comment? où? Autant d'interrogations qui établissent la carte d'identité de
notre sujet: le manuscrit.
- Une deuxième partie essayera d'établir la "traçabilité" (
pour user d'un néologisme à la mode, même si c'est dans un tout autre
domaine) des manuscrits "africains", tant à l'extérieur qu'à l'intérieur
de notre région concernée.
- Une troisième partie qui se consacrera à l'examen
des états des lieux à l'heure actuelle de ces collections et les
perspectives de leur sauvegarde et/ou valorisation. Cet élément de l'exposé
privilégiera le contexte spécifique mauritanien; par souci pratique et, de
surcroît, c'est le cas que je
connais le mieux.
-
Première partie: Questions de Référence.
Qui? Du manuscrit le Petit Larousse donne la définition suivante:
"ouvrage écrit à la main". En Afrique francophone – et anglophone-
subsaharienne, "le manuscrit ancien" se confond naturellement avec
l'islamisation de la région, l'émergence
d'une élite locale arabophone, l'usage de l'Arabe comme langue de communication
et de culture et de son alphabet pour transcrire les langues soudanaises.
Par qui? Ce manuscrit africain est souvent un original ou une copie
(conforme ou commentée par un exégèse) d'une oeuvre d'un auteur de "Dar
el Islam", autre que l'Afrique subsaharienne.
Il émane, quelquefois, d'un auteur de la région soudanaise. Et il est
possible d'assimiler à ces deux catégories les traductions et la publication
de la mémoire écrite ou orale ouest africaine par des européens, anciens ou
contemporains, et par certains de leurs collaborateurs africains.
Quoi? Les thèmes de ces manuscrits, et les degrés de leur intérêt,
varient suivant les régions d'origine de leurs auteurs.
-Ainsi les manuscrits écrits
par des soudanais adressent-le "Figh" ou droit musulman ( Sunnite et
malékite) ou les enseignements liturgiques. Mais leurs centres d'intérêt
restent incontestablement les chroniques des événements locaux, les
biographies des notables temporels ou spirituels, les "Rihal" ou
voyages (souvent vers Jérusalem, Médine et la Mecque), et des exposés
sommaires du savoir local ( théories de médecine, pharmacopée, astrologie,
astronomie etc.)
-Les manuscrits en provenance( au gré des voyages et des transactions diverses) du reste du monde musulman d'alors, sont, souvent, des copies du texte ou des exégèses du Coran, des recueils des traditions ( "hadith" ou "sounnah" du prophète Mohammed, PSL), du "Figh" et des traités de sciences profanes de l'époque(médecine, géographie, astrologie, métrique poétique et autres lettres, astrologie, mathématiques etc.)
Comment? L'écrasante majorité des manuscrits subsahariens sont
en langue arabe. Toutefois, pour une partie, même si les caractères
arabes sont utilisés, est rédigée en des langues soudanaises: bambara dioula,
Soninké, Sonhray, wolof, mais surtout Poular et haoussa; en plus du tamacheq.
Où? Ces manuscrits appartiennent, encore, à des personnes physiques
(individuellement ou collectivement) ou morales( Etats, congrégations de confréries,
institutions etc.) ouest africaines.
- Ces collections sont, le plus souvent, des propriétés familiales
et, de ce fait, dorment dans les "bibliothèques" du clan ou de
la tribu si on peut appeler ainsi les malles, armoires rudimentaires et coins de
chambres qui servent de "refuges" pour ces trésors. Des collections
sont mieux conservées dans les instituts publics ( héritières pour certaines
des antennes territoriales de l'Institut fondamental d'Afrique Noire.) ou privés,
plus rarement, et des bibliothèques publics ou privés, des universités,
Ecoles supérieures ou "Mahadrah."
- D'autres par les hasards des colonisations et des émigrations ou, plus récemment,
par rachat licite ou illicite enrichissent des bibliothèques en Europe Occidentale et aux Etats unis,
mais aussi en Afrique du Nord,
Moyen-orient, Japon etc.
-
Deuxième
partie: Localisation
géographique.
a)
A l'extérieur de la Zone soudanaise la grosse part des manuscrits de
l'Afrique francophone subsaharienne sont en Occident: France(Notamment les 518
"manuscrits arabes" inventoriés de la Bibliothèques Nationale de
Paris et les 223 pièces du Fonds de Gironcourt à l'Institut de France etc. ),
Grande Bretagne( British Muséum et Oxford Library etc.),
Etats unis ( diverses bibliothèques d'universités et notamment Harvard,
Chicago etc.), Bibliothèque du Vatican, plusieurs bibliothèques d'universités
espagnoles (Barcelone, Salamanca, Escorial etc.), portugaises ( Torre de tombre),
allemandes (Tübingen).
b)
Une autre partie des
manuscrits soudanais expatriés se trouve dans le monde arabe: en Egypte
(notamment certains manuscrits provenant de l'actuel Mali et le "Fonds
Mohamed Mahmoud Ould Tlamid Torkzi Chinghitti" dit Chin Chin); à la
Bibliothèque Nationale d'Alger (notamment "le Fonds Ben Hamoud des
manuscrits de Tombouctou); à la Bibliothèque Générale du Maroc à Rabat (ou
sont catalogués les manuscrits maliens du " Fonds Archinard") et à
la Bibliothèque de la faculté des lettres et sciences humaines de l'université
Mohamed V, à Rabat qui renferme plusieurs collections, dont
un fonds de monographies et
autres manuscrits sur l'histoire de Bilad Chenghett ( les pays maures).
c)
Les manuscrits restés en Afrique subsaharienne anglophone se rencontrent
au Ghana (un à deux mille manuscrits inventoriés et catalogués par
l’Institute of African Studies de l’Université du Ghana) sur les Cinq à
Dix mille, que compte le pays, suivant l’estimation faite par M. Vincent
Monteil en 1965. Le Nigéria qui s’est doté de nombreuses institutions de
conservation et d’exploitation, en plus de ceux qui existaient du temps
colonial, dispose de milliers de manuscrits (ouvrages traitant de tous les
sujets et documents archivistiques importants pour l’histoire) dans des
instituts, centres et bibliothèques à Abadan, Ifé, Kaduna, Kano, Lagos,
Sokoto, etc. et dans les bibliothèques privées des héritiers de grandes
familles musulmanes Haoussa – Foulani et Yoruba du Nord et de l’Ouest.
d)
Mais pour en revenir au sujet du thème de notre entretien, quatre pays
de l’Afrique subsaharienne francophone retiennent l’attention car ils détiennent
la quasi-totalité des manuscrits de l’ancienne Afrique occidentale française.
Il s’agit du Niger, du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie. Ces pays,
terres d’Islam depuis plusieurs siècles ont toujours compté, et comptent
encore, des générations d'érudits qui ont une parfaite maîtrise du savoir
religieux et de la langue arabe. Ceci explique l'impressionnant héritage qu'ils
ont légué, produit de leurs passions de documentalistes ou de leurs écrits
Nous examinerons, avec vous, ainsi
qu'il suit, la richesse en manuscrits de ces pays:
-
Le Niger. Le siège des anciennes assemblées territoriales puis
nationale abrite la plus grande partie de la collection publique du pays. Depuis
1935, M. Boubou Hama, qui présidera, plus tard, l'organe législatif nigérien
a rassemblé 1500(mille cinq cents) manuscrits. La plus ancienne pièce de la
collection, trouvée chez une famille d'origine arabe à Tahoua, est un traité
d'astrologie: le "Kitab al Anouar" ( Livre des lumières),
d'un certain Ahmed Babe Alibas. Elle contient, un exemplaire en Peul du fameux
" kitab"( le Livre) d'Ousmane Dan Fodio, des manuscrits en
haoussa, oeuvres de savants et marabouts du Nigéria et des manuscrits rédigés
en adjanni peul du Burkina Fasso. Une autre pièce rare du Fonds rassemblé par
le Président Hama est le volumineux manuscrit, trouvé également à Tahoua, de
546 pages collectées et commentées par le savant maure Cheikh Sidi al Mokhtar
al kounti sur toute la correspondance entretenue entre les membres de la tribu
des Kounta du Niger et les tribus sahariennes de l'Azawad ; De la Mauritanie, du
Sahara Occidental, le sud marocain et le sud-ouest algérien. Cette collection
renferme l'original d'une très intéressante monographie sur les origines et le
développement de la puissante confédération tribale maure des R'gaybatt. En
plus de ce Fonds d'une grande richesse, il existe à Niamey deux autres centres
qui détiennent d'importantes collections de manuscrits en arabe, haoussa, peul,
djerma, etc. Il s'agit du centre national de Recherches et des sciences humaines
(l'ancien centre Ifan de Niamey crée
dans les années quarante et qui publiait, entre autres activités, les "Etudes
nigériennes") et le centre de manuscrits arabes et étrangers crée en
1962. Ce dernier centre rassemblerait à ce jour 3 600 unités réparties entre
les sujets suivant: texte et sciences du Coran, traditions du prophète ( "hadith"
et "sira"), chronologies, monographies, biographies, lettres;
"figh", médecine, "rihal"( voyages) etc.
-
Le Mali. Mohamed Hassan al Wazzan, que la chrétienté connaît par son
nom de captivité Léon l'Africain, à
son retour de périple des Futurs Mali et Mauritanie, dans "Description de
l'Afrique", écrivait en 1550:"... A Tombouctou, le commerce du livre
est... de loin plus lucratif que celui de n'importe quelle
marchandise..." Né six ans plus tard à Tombouctou précisément, le
"Mufti" et savant pluridisciplinaire Ahmed Baba écrit dans son
ouvrage "Kifâyat al-Mouhtâj": " Je suis au sein de ma
famille, celui qui possède le moins de livres. On m'a enlevé 1600.."
Bigre! Et les autres?
L'éminent
spécialiste du manuscrit ouest-africain John Hunswick, qui dirigeait dans les
années soixante le " Centre of Arabic Documentation (CAD) , au sein de l'institute
of African Studies (IAS) de l'université d'Ibadan au Nigeria et actuel membre
du "departement of history of the Northwestern University" dans l'Illnois,
écrivait récemment: "The Niger Bend is to West Africa what the Nile
valley is to Egypt; an ecological treasure and a civilizational magnet"(Le
coude ou courbe ou boucle du Niger est à l'Afrique de l'ouest ce que la vallée du Nil est à l'Egypte; un trésor écologique et
un aimant de civilisation.) Fort bien et fort justement dit.
Cette région a vécu un islam intellectuel florissant en ses empires
(Mali, Sonrghay, Macina, Torodo etc.), ses cités( Djenné, Gao, Hamadalaye,
Nioro, Tombouctou, Ségou etc.) Le Mali actuel ou soudan occidental (Le "Bilad
es-Soudan" ) est la patrie d'une pléthore de "faghih",
"ouléma","alama", cadis émérites (Ahmed
Baba de Tombouctou, cadi Mahmoud ben Oumar de Tombouctou, Abderahmane Es-Saadi,
Mahmoud Kati etc. entre centaines de penseurs de génie.) Tant d'opportunités
justifient les déclarations émerveillées et, expliquent la
diversité, le grand nombre et l'importance que constituent, pour
l'histoire de l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest et de ses relations avec le
Maghreb occidental, les manuscrits de la République du Mali.
S'il
est difficile de se hasarder à fournir une évaluation exacte du nombre total
de ces manuscrits, il faut citer l'UNESCO qui estime les trésors de la seule région
de Tombouctou à 60.000 (soixante mille) unités. Ce chiffre est ramené à
40.000 (quarante mille) par Mohamed Gallah Dicko directeur général de
l'institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba(dont il sera
question plus loin) et constitue,
vraisemblablement, les trois quarts de l'ensemble malien. Les documents élaborés
par des auteurs locaux en sont la minorité, mais le témoignage qu'ils
fournissent de la mémoire passée
de la région en accroît énormément l'importance. Cependant ils varient pour
leur intérêt historique et pour leur
volume. En effet, Certains ouvrages, en un ou plusieurs tomes, décrivent des événements
cruciaux:: les oeuvres de Al Kati, Ahmed baba, Es-Saadi ou les chroniques sur la
Dina Peul du Macina etc. D'autres documents d'un, deux ou trois feuillets
seulement, consignent de simples actes de vente d'or, fer, cauris, tabac, plumes
d'autruche, sel, tissus, bétail céréales, mais aussi des actes fonciers, des
ventes de manuscrits et, même,
d'esclaves. Ces manuscrits sur le commerce lèvent le voile sur le commerce
transsaharien au Moyen Âge, et, aussi, les activités commerciales et
culturelles au début du 20 eme siècle des marocains à Tombouctou.
A l'instar des autres pays de la région, il existe au Mali beaucoup de
moyennes et petites collections familiales de manuscrits divers. Nous citerons
comme exemple celle de la famille Kel es-Souk à Bougbea (nord-est) de
Tombouctou qui possède 600 manuscrits arabes. Il est vraisemblable que dans les
villages et campements de l'Azawad subsistent des dizaines de bibliothèques en
danger...
Au Mali, en plus des grandes collections, existent trois autres centres
secondaires à Gao; Kayes et Ségou, totalisant 9000 manuscrits. Rappelons, pour
les curieux que la centaine de manuscrits saisis de la bibliothèque de Cheikh
Hamahoullah Ould Seydna Oumar par
l'administration coloniale, lors de l'arrestation du cheikh, ont été restitués,
après les indépendances à la bibliothèque dé la confrérie à Nioro. Cette
modeste bibliothèque compte seulement quelques centaines de pièces écrites et
acquises aux XIX° ET XX° siècles.
-
Sénégal: Plus de la moitié des manuscrits estimés du Sénégal
(10.000 ? au total) sont conservés à l'ancien IFAN, devenu l'Institut
Fondamental d'Afrique noire- Cheikh Anta Diop (IFAN-CAD).
Le reste des collections, sont la
propriété privée de lettrés en arabe, l'héritage familial, notamment dans
la vallée et au Waloo, dans les bibliothèques des confréries ou des
associations culturelles islamiques.
L'IFAN-CAD a le privilège de disposer de quatre fonds exceptionnels dans
son département "manuscrits" fondé
depuis 1965, et qui sont:
a) Le Fonds Brevié;
b) Le Fonds Figaret;
c) Le Fonds Viellard:
d) Le Fonds Kamara
L'examen du contenu des "Fonds", en la troisième partie de cet
exposé, donnera une idée exacte de la très grande importance historique. La
contribution de sénégalais et les
efforts "d'exhumation", de traduction et d'impression de pièces rares
par des "orientalistes" ou administrateurs français au Sénégal,
rend ce pays incontournable pour l'étude du manuscrit africain. Les Sénégalais,
entre autres ont pour nom Yoro Diaw pour ses"Cahiers",Amadou Wade pour
son Geste, Siré Abass Sow pour son manuscrit et Cheikh Moussa Kamara pour son
abondante production, absolument inégalable. Les Français concernés sont
Faidherbe, Binger, Gaden ,Delafosse, Houdas et Clozel, en plus de l'équipe de
l'Ifan :Mauny, Charles et Vincent Monteil en particulier.
-
Mauritanie: "Les tribus nomades...qui parcourent le désert
mauritanien n'étaient pas seulement formées de riches marchands, mais également
par des hommes d'études, des savants et des lettrés qui nous ont transmis des
écrits concernant tous les domaines de la connaissance humaine: c'était le
monde de "l'université des sables", une université itinérante à
chameau..." s'étonne une italienne, Mme Laura Alunno, attachée culturelle
de l'ONG Africa 70, en découvrant la "Mahadrah", cette
université itinérante et se outil didactique, les dizaines de milliers de
curieux manuscrits. Il existerait sur
le territoire mauritanien 300 bibliothèques de familles, clans et tribus. La
quasi totalité de ces manuscrits sont propriété
d' individualités et collectivités maures ou poular. Cependant,
certaines collections existent en milieux soninké et wolof.
L'Institut Mauritanien de Recherches Scientifiques(
IMRS crée en 1974 a pu rassembler, à lui seul et par rachat) prés de 7.000
manuscrits. Un autre établissement public, l'Institut Scientifique d'Etudes et
de Recherches Islamiques (ISERI) en a racheté, lui, prés de 4.000 pièces. Le
reste, entre 80.000 et 90.000 mille unités dorment, dangereusement
menacées par les intempéries, les insectes; la brutalité des usagés,
la piraterie et l'oubli!!!, dans des "bibliothèques" privées ou ce
qui en tient lieu....En dehors de Nouakchott et les deux centres publics précités,
les villes qui abritent des bibliothèques privées
les quatre cités caravanières et certaines capitales de "Wilaya"
ou de "Moughata'a" importantes culturellement. Cependant
l'exception existe concernant des agglomérations, rurales et nomades,
que nous verrons plus loin. A titre d'exemple à Chinguetti et ouadane, villes décrétées
patrimoine de l'humanité par l'Unesco la seule bibliothèque privée (il en
existe 34 autres) de la famille
Habott conserve prés de 1500 manuscrits dont certains sont pièce unique
dans l'ensemble de "Dar el Islam."
Autre exception du manuscrit mauritanien est sa production, pour les
trois quarts, par des auteurs mauritaniens. Ces manuscrits écrits localement
sont: des anthologies en arabe classique ou en arabe parlé mauritanien ("hassaniya"),
"nawazel," "fatawa," chroniques, traités de sciences
et techniques traditionnelles locales, monographies tribales, biographies,
"rihal," correspondances, jugements de cadis, testaments etc. Ils
existent aussi des milliers de manuscrits archivistiques qui ont trait aux
seules transactions commerciales et bancaires: reconnaissances de prêts; actes
de ventes, contrats de services.
-
Troisième
Partie : Contenu, état des lieux et perspective.
1) CONTENU.
1.1 Sénégal. Ce contenu des collections sénégalaises concernera les manuscrits proprement dits et les "manuscrits" assimilés.
a) "Manuscrits" assimilés. Il s"agit du travail d'Européens, qui ont compilé, traduit et imprimé des manuscrits et des traditions orales en langues soudanaises (poular ou wolof). Ce sont:
- Béranger-féraud, contes populaires de la Sénégambie, éditions Leroux, Paris,1880;
- Binger, Louis( 1856-1936, ordonnance et "nègre" de Faidherbe), langues sénégalaises en 1886:
- Clozel, Marie-François (1860-1918, diplômé d'arabe à l' ELOV, gouverneur général de l'AOF,
en 1915-17, à l'origine de la création du
BCEHS de l'AOF en 1915);
- Delafosse,
Maurice( 1870-1926, diplôme de l'Elov, et professeur des langues soudanaises),
Chroniques du Fouta, à partir du manuscrit de Siré Abass Sow, ed.
Leroux,
Paris, 1913:
- Dezeltner,
Franz, Contes du Sénégal et du Niger, Leroux, Paris 1913;
- Diaw (Dyao)
Yoro,(1847-1919, chef de canton et écrivain)" cahiers de Dyao Yoro"
sur l'histoire du Cayor, et sur le
Oualo;
- Equilibicq,
François-Victor, "essai sur la littérature merveilleuse des noirs, Tome
I, ed. Leroux, Paris, 1915","Contes indigènes de l'ouest africain,
Tome II, ed. Leroux Paris 1919" et " la légende de Samba Guéladio
Diegui, prince du Fouta; ed.NEA, Abidjan, Dakar, Paris,1984";
- Faidherbe,
Louis,(1818-1889), langues Sénégalaises;
- Gaden, Henri
(1867-1939, commissaire, puis gouverneur de Mauritanie, 1917-1927)Tezkirett
en-Nissian" en 1912-13-14,"
Glossaire des chroniques du Fouta en 1925", "Proverbes peulhs et
toucouleurs en 1931";
- Houdas,
Octave (1840-1916, professeur d'arabe à l'Elov), traduction et impression de
"Tarikh es-Soudan" en 1898, du "Tarikh el Fettach" en 1913
et "Tezkirett en-Nissian"
en 1912-13-14;
- Steff(capitaine),
"Histoire du Fouta Toro", Rapport inédit dans les Archives du Sénégal.
- Wade,
Amadou(1886-1961, Wolofophone) "Chroniques du Waloo sénégalais
1185-1855", traduction Cissé Bassirou en 1941, publiés et commentés par
Vincent Monteil.
b) Manuscrits
"autochtones" de l'IFAN-CAD de caractère et de très grande
importance historiques ( d'après l'anglais Charles Smith en 1959):
- Chronique de
Walata(958-1329 H.) par Mohamed al Mustapha Ben Oumar Ben Sidi Mohamed ( copie
en date de 1329H, 1911AD, Fonds Brevié 6);
- Histoire
anonyme d'El Hadj Omar(FB 2);
- Miracles d'Ahmadou,
fils d'EL Hadj Omar(FB 12);
- Consultation
juridique (fatwa)du Cheikh Mokhtar ould Ebi Bark al Kounti: sur la différence
entre le butin et le vol(FB 18);
- Copies(datées
de 1840) d'une correspondance entre Mohamed Bello émir haoussa-fulani de Sokoto
et l'émir Ahmadou du Macina (FB 17);
- Lettre de
Mohamed al Maghîli à l'Askia Mohamed: deux copies, datées de 1715 et de 1822(FB
20 et 22); sept questions posées par l'Askia Sonrai(1493-1528), au théologien
algérien al Maghilî au sujet de "takfir"(apostasie);
- Histoire du
Fouta-Djallon par Modi Diallo Ben Modi Abdallah; copie datée de 1287H, 1870 AD(
FB 27);
- "Tedhkirett
en-Nissian": copie du texte de 1751, édité et traduit par Houdas ( voir
plus haut);
- Copie datée
de 1855, du" Tezyîn al waraqât"d'abdallah
Dan Fodio (frère d'Ousmane);
- Sur
l'histoire du Mali et du Tekrour, compilation sur les oeuvres de Ja'far ben al
Mehdi avec traduction jointe (FB 5);
- "Infâq
al maysûr" de
Mohamed Bello. Le texte a été
édité par Whitting en 1949.(FB 14);
- Les huit
premiers chapitres du "Tarikh es-Soudan"( FB25).
c) Manuscrits
"autochtones" du Fonds Viellard (L'inventaire de cette collection ) été
faite, en 1966, par le spécialiste guinéen Thierno Diallo. Elle concerne le
Fouta Djallon, le Niger et le Macina. Citons parmi ses curiosités le "Tarikh"
des peuples de Guinée et un coran bilingue arabe/peul.
d) Fonds Cheikh
Moussa Kamara. Cette collection déposée à l'IFAN-CAD comprend:
1) manuscrits
de caractère historique.
- "Tarikh
" de Dara sur les Zagawa( 4 feuillet manuscrit Ifan 8);
-
Auto-biographie (64 feuillets mss.1);
- Exhortations
des partisans du "jihad",
(36 feuillets mss 95);
- Chefs maures
et peuls du Fouta de 1937 (183 feuillets, mss.5 et 134 feuillets mss.6);
- La vie d'El
Hadj Oumar de 1935,(97 feuillets, mss.9); traduite de l'arabe par le professeur
Samb Amar et publiée dans trois numéros successifs du bulletin de l'Institut
Fondamental d'Afrique Noire (tome XXXII de janvier, tome XXXIII d'avril et tome
XXXIV de juillet);
-
Histoire des Yalalbés( 105 feuillets, mss.7 et 50 feuillets, mss.11);
-
Histoire du Fouta Toro en 1921 (867 feuillets, mss.2 et3).
2) Manuscrits
de caractère religieux (8 manuscrits); *
3) Manuscrits
de caractère juridique ( 4 mss. Dont un sur la licité du tabac en l'usage modéré
("raf'i el hazji").
4) Manuscrits
de caractère scientifique sur la médecine chez les Peuls, les Bambara et les
Toucouleurs.
5) Manuscrits
de caractère littéraire( 4mss.).
-
Grammaire-commentaire de l"Alfiya"
d'ibn Malek;
- Exégèse des
"Mou'alaghatt";
- Ouvrage sur
les sciences métriques et prosodiques;
- Un
commentaire sur une oeuvre de Souyouti.
Lettré
torodo (1864-1945) Cheikh Moussa Kamara, ami de Cheikh et disciple de Cheikh
Saad Bouh, protégé du gouverneur de Mauritanie Henri Gaden, "rédigea
dans les années 1920, une Histoire des noirs, le Zuhûr
al-basâtin fi Ta'rikh al-Sawâdin
("Florilège au jardin de l'histoire des noirs").Elle narre
les chroniques des jours de Sokoto, le Mali, le Macina, la wagadou, le
Mandé, Ségou, le Kaarta, le khasso, le Gajanga, le Guidimaka, et le Hayré. Le
volume I de cette monumentale oeuvre, consacré au Fouta Toro, a été publié
sous la direction de M. Jean Schmitz par les Editions du CNRS à Paris en
1998.Ce travail de Titan place, assurément, Ceikh Moussa Kamara au niveau des
grand chroniqueurs "maliens" et "mauritaniens." En tant que
biographe Cheikh Moussa Kamara est pour la Mauritanie du sud ce que Sid ahmed
ould el Emine el Alawi, au début du siècle passé, a été pour la Mauritanie
du Nord. Par la diversité de ses écrits et son érudition universelle, il
rappelle un autre mauritanien, disparu il y a quelques années, l'encyclopédiste
Mokhtar ould Hamidoun.
1.2
Mali.
Les
noms de Mahmoud Kati, d'Ahmed Baba et d'Abderahmane Es-Saadi symbolisent le passé
et le présent de ces manuscrits.
a)
Mahmoud Kati est l'auteur du "Tarikh el Fettach" ou chronique
du chercheur qui retrace les événements du
Soudan occidental au Moyen âge. 3.000 manuscrits, dont des originaux de sa main
et des ouvrages de l'Askia Mohamed, appartenant à l'historien Ismail Diadié
Haidara est, depuis le 27 Septembre 2000, transformée en "Fonds Kati".
Dans la note biographique, Tedzkirett al Ikhwan ( le rappel des frères), sur sa
famille d’Espagne il se présente « … je m’appelle Mahmoud Ben
Al Billahi Ziyyad al quouti al Andaloussi al Wakari ». En effet, les
Banu-l-qûti (Ka’ti) ont quitté Toléde en mai de l’an 1468. Ali Ben Ziyyad,
le père de Mahmoud Katu, s’installait, aussitôt, à Goumbou en pays soninké.
Il contracte mariage en 1470, mariage avec une Sylla, la mère de Mahmoud. Plus
tard la famille des kati se métisse avec des « renégats »
portugais en 1591 et avec des commerçants Séfarades à Fès en 1766.
b)
Ahmed Baba a son nom lié avec le "Centre Ahmed Baba de
Tombouctou" crée, à l'initiative de l'UNESCO, par le gouvernement malien
en 1970. Le centre inauguré en 1973 et devenu, récemment, l'"Institut des
Hautes Etudes et de Recherches Islamiques", rassemble et protège plus de
15 000 manuscrits. Il est, à ce
jour pour le nombre d'unités, la plus importante institution spécialisée. En
plus des documents provenant de l'orient musulman, l'Institut renferme
l'essentiel de la mémoire de l'Afrique de l'Ouest et en particulier des mondes
maure et touareg, haoussa, poular, sonrai, soninké et manding. Tous les
manuscrits sont écrits en alphabet arabe quoique beaucoup de pièces sont rédigés
dans les langues soudanaises, le peul et le Sonrai surtout. Depuis mai
1997 il existe, parallèlement à l'Institut, une association culturelle et
scientifique dénommée "Club Ahmed Baba." Son but statuaire est de
"jeter les ponts entre les générations, entre les cultures, entre passé
et présent, francophones et arabophones, érudits et les autres..."
Fils d'un exégèse du "medh" de la famille
Mohamed Aghit, Ahmed Baba est né à Tombouctou le 26 Octobre 1556 (
certains historiens le font naître à Arawan et en 1553.) A l'invasion de
Tombouctou, en 1591, par les troupes marocaines il est déporté en ce pays en
1593.Il est relâché en 1995 mais interdit de séjour au Soudan. Il entreprend
de rendre des "fatwa" mais refuse d'exercer les fonctions
officielles de "moufti". Il rédige en sa résidence forcée au
Maroc la moitié de ses 58 oeuvres. Il est, enfin, autorisé, en 1601, à
revenir au soudan où il s'éteint le 22 avril 1621.
c) Abderahmane es-Saadi est né le 28 mai 1596)
Tombouctou. Il achève son "Tarikh es-Soudan" en 1655 et serait mort
peu après. Mais contrairement à ses prédécesseurs, ce grand chroniqueur
n'aurait pas laissé de bibliothèque.
1.3
Mauritanie. Difficile de faire
le tour des manuscrits mauritaniens anciens. On se contentera d'établir
une liste significative des ouvrages qui comptent et qui, pour la
plupart; continuent d'alimenter le savoir traditionnel dans les grandes écoles,
instituts et facultés modernes, mais aussi dans les "universités du désert",
les fameuses "mahadrah". Ces ouvrages-symboles font le bonheur de tous les bibliophiles
mauritaniens sont recherchés et
pieusement conservés comme les " joyaux" de la malle ou de la pièce
des manuscrits.
a) Histoire des faits et idées.
- Le plus
ancien est le "siyasse ew el
ichara fi tedbiri el imara" (
la politique ou les indications de la conduite de l'émirat) dont l'auteur Ebi
Bakr ibn Al Hassen Al Mouradi Al Hadrami serait le fameux El Imam al Hadrami,
conseiller écouté du chef almoravide
mort à Azougui en 489 de l'hégire. Le manuscrit, splendide traité de machiavélisme
avant Machiavel a été publié en arabe au Maroc en 1981. Un autre auteur du
sud-ouest mauritanien la "guebla",
Cheikh Mohamed al Yedaly 1096 H/1685-1166 H/1753.) a écrit trois traités qui
éclairent sur l'histoire de cet important émirat, le Trarza, limitrophe du Sénégal.
Ils ont pour titre"Chiyem
Zewaya"( caractère des hommes
de lettre ou marabouts), "Amr
al wali Nasser ed-din"(les
vertus de Nasser ed-din ( c'est la version des fils de la partie vaincue en
cette guerre fratricide de trente ans), "Rissalet
en-nashiya"( épître du
conseil critique de la société maure du XVIII° siècle de l'ère chrétienne.
Le manuscrit publié, en 1911 par les édit. Leroux sous le titre
"Chroniques de la Mauritanie sénégalaise, avec traduction française et
notes par Ismaïl Hamet. En I990,
le professeur Mohameden Ould Babah les republie avec notes et présentation..
-
Presque partout à travers le pays des chroniques dans les mosquées, où les événements
proches ou éloignés étaient plus ou moins régulièrement consignés, ont joué
un rôle significatif dans l'enregistrement de l'histoire du pays et des contrées
voisines. Parmi elles celles de Néma et de Oualata, annotées et traduites par
Paul Marty, et Tichitt, annotée et traduite par Vincent Monteil, toutes trois
publiées par la revue des Etudes Islamiques.
- Les
manuscrits mauritaniens renferment des centaines de monographies tribales et
plusieurs ouvrages de biographies d'"ayan"(célébrités
politiques, spirituels et intellectuelles). Le plus remarquable recueil de
biographies reste "Fath Choukour fi tarjameti Oudebaa tekrour"
de Mohamed ibn el Benani el Bertely de oualata( décédé en 1805) qui présente
plus de 200 personnes qui ont vécu entre 1650 et 1800.
-
Les collections des bibliothèques de Mauritanie contiennent des
centaines de récits de pieux relatant
les heurs et malheurs de leurs voyages aux Lieux saints. La plus célébre de
ces chroniques reste celle de la chronique deTaleb Ahmed ould Toueir al Jenna de
Ouadane (mort en 1265H, 1849).Publiée, en anglais en 1977, par Norris qui a
utilisé le manuscrit 2722 de l'IMRS, la chronique a été éditée au Maroc en
1995 dans sa version originale.
b) anthologies, recueils et odes.
-
Les anthologies poétiques et les manuscrits de recueils sont
souvent à la place d'honneur dans les collections publiques et privées.
Ils peuvent varier des louanges versifiées du prophète (le
"Medh"), aux odes
traitant de l'amour courtois ou de la complainte de l'exilé, jusqu'aux
compositions codifiant la grammaire, le droit islamique ou
la médecine traditionnelle. Le plus ancien poète dont on a conservé
manuscrit de ses oeuvres est Sidi abdoullah ibn Maham el Alawi Chinguitti
(1O6O-1144 H) dont le "Diwan"( recueil) a été
publié en 1886. Le célèbre traité de médecine traditionnelle
de Aoufa Ould Abou Bekrin Ould Etfagha Massar (1780-1850) composé en
1182 vers est de la forme dite"En-Nadhem," "employée couramment pour les ouvrages didactique.. Le poème
"El' Omda"(
la base, l'appui du médecin) qui existait en 7 manuscrits a été traduite et
publiée en français, en 1943, dans le Tome 5 du Bulletin de l'Institut Français
d' Afrique Noire.
c) Ecrits religieux.
-
Mais le gros lot des manuscrits mauritaniens,
localement écrits ou commentés dans les marges ou exégèses d'autres
écrits d'ailleurs, sont ceux qui traitent de sujets strictement religieux:
sciences du coran ( copies du livres saints, exégèses des écritures etc.),
traditions du prophète ( "hadiths"proprement dits, biographies du
prophète etc.), "Figh" ( notamment nawazel, Fatawa sur jurisprudence
"mauritanienne" et traités
de malékisme) etc.
2) ETAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES.
L'état
des collections et les perspectives les concernant, seront envisagés par
rapport au seul contexte mauritanien. Cependant les similitudes de genres, d'époque,
de conditions de conservation présente, et, aussi, les faiblesses des moyens
humains et financiers dont disposent les institutions culturelles des pays
francophones subsahariens atténuent les disparités. A ce titre les solutions,
que la Mauritanie découvrira pour sauvegarder, puis valoriser son héritage en
manuscrits, peuvent servir de modèle aux autres pays de la région, confrontés
à des défis comparables. Et qui plus est la République Islamique de
Mauritanie est, comme le disait le Directeur général de l'UNESCO, dans son
appel en 1981, qui introduit l'opuscule "Cités-mémoires du désert:
campagne internationale pour la sauvegarde des villes anciennes de
Mauritanie", et nous citons le Professeur Amadou-Mokhtar M'Bow, "(
une)... terre carrefour où se rencontrent l'Andalousie, le monde arabe et
l'Afrique sahélienne..."
a)
L'état.
*
considérons d'abord les caractéristiques spécifiques du "manuscrit
mauritanien":
-
Ambivalence des fonds. Cela peut aller, par exemple, de l'ouvrage volumineux de
plusieurs tomes, au menu reçu de reconnaissance de dettes d'un quart de page.
En cela, il ressemble au manuscrit médiéval occidental qui n'établissait pas
de démarcation entre le livre et le document archivistique.
-
Propriété et détention privées des Fonds. Les collections publiques, avant
la création de l'IMRS puis de l'ISERI, se limitaient aux "Awghaf"des
mosquées et de certaines cités pré-coloniales. Toute approche de sauvegarde,
ou autre, exige de se préoccuper, en priorité, de l'encadrement, du soutien et
du suivi des "bibliothèques" privées.
-
Patrimoine familial. Les collections constituent un emblème, un écusson, un
blason pour la famille, le clan ou la tribu. L'accès en est réservé, quand la
confidentialité de certaines pièces n'est pas totale.
-
Importance et extrême dispersion. Au minimum, la Mauritanie compte, tous genres
confondus, entre 80.000 ET 90.000 manuscrits dont 80 pour cent de Fonds privés
selon les estimations de l'IMRS.
*
Abordons les dangers qui menacent les manuscrits et les efforts déjà
entrepris.
-"En
Mauritanie, où la masse des manuscrits anciens dépasse en volume et en
importance ceux des autres pays du Sahel, un travail d'identification et de
sauvegarde a été entrepris, avec persévérance et succès, par les chercheurs
et les spécialistes aussi bien mauritaniens qu'étrangers..." nous dit M.
Attilio Gaudio ce grand connaisseur de la Mauritanie et du Sahara. Et ils en
avaient bien besoin, ces manuscrits mauritaniens victimes du prestige tout
nouveau de l'imprimé, de la dépréciation des disciplines traditionnelles dont
ils étaient le matériel didactique par excellence. L'action de réhabilitation
est venue de trois directions complémentaires: L'état mauritanien seul ou en
coopération avec des partenaires étrangers, les familles ou communautés
propriétaires de Fonds de manuscrits, des mécènes de l'extérieur sensibilisés,
pour une raison ou une autre, par les déplorables conditions de conservation
des manuscrits.
Depuis 1974, les pouvoirs publics mauritaniens ont crée l'Institut
Mauritanien de Recherches Scientifiques( IMRS) avec, entre autres missions, de
se charger "... de la collecte des manuscrits, de leur micro-filmage, de l'établissement
de leur inventaire et de leur exploitation..." Entre les années 1978 et
2000, l'IMRS a pu acquérir prés de 8000 manuscrits sur fonds propres et
assurer, en 1990-94, le catalogage de 250 de ses manuscrits grâce à un
financement espagnol. Avec l'aide de la République fédérale allemande, l'IMRS
a réalisé le micro-filmage de 2500 manuscrits et le micro-fichage de 250
autres. Avec des financements français( publics et privés), l'Institut a pu
mener à bien l'inventaire complet de 1200 manuscrits au Tagant et au gorgol et
2.000 autres en Assaba. Avec la même coopération française un catalogage est
en cours pour les 4.000 manuscrits de Chinguetti et Ouadane en Adrar. L'Imrs a bénéficié
également d'aides ponctuelles de L'Unesco et
d'une organisation islamique de Londres, "Al Furqan Islamic héritage",
pour diverses actions.
Les propriétaires de bibliothèques se remarquent, de plus en plus, par
un activisme tout nouveau-né de leur prise de conscience de l'importance (
historique, affective et comme élément de prestige, mais économique aussi) de
leurs trésors familiaux en manuscrits. Depuis les années 80 du siècle passé,
on a constaté de leur part, sur fonds propres ou par aide des actions sérieuses
de réhabilitation de certaines importantes bibliothèques traditionnelles
comme:
1° La fondation Cheikh Mohamed el Mamy à Nouakchott;
2° La bibliothèque Ehl Habott ) à Chinguetti;
3°La Zaouiya de Sidi Abdoullah Ould Hadj Brahim à Tidjikja;
4°la bibliothèque Ehl Taleb Mohamed à Tidjikja;
5°la bibliothèque commune d'Ehl abd El Moumen à Tichit;
6° la bibliothèque de Haroun Ould Cheikh Sidiya à Boutilimit( objet
d'un catalogage.)
Ajoutons, pour terminer avec les grandes réalisations des bibliothèques
privées, leur initiative de créer, en 2000, une Association nationale, pour
traiter comme pool tant avec le
Gouvernement mauritanien, qu'avec tout autre partenaire.
Une action individuelle menée par le spécialiste allemand, Ulrick
Rebstock en collaboration avec Ahmed Ould Mohamed Yahya responsable du département
des manuscrits à l'IMRS, pour le compte de "Al Furqan" mérite d'être
mentionnée. IL s'agit de la publication en 1994, à Londres d'un catalogue
intitulé "Hand lists of Islamic manuscripts in Shinqit and Wadan". Le
catalogue décrit 1406 manuscrits
selon les normes internationales de catalogage. Al furqan a publié, également,
dans son "volume IV of World Survey of Islamic manuscripts"
En ce volume l'équipe d'Al Furqan a visité 13 localités, répertorié
2239 manuscrits de 96 bibliothèques. Mme Balagna, ancienne responsable des
manuscrits à l'Institut du Mon de Arabe assure que le document "... (est)
un travail de valeur capitale pour l'histoire de la Mauritanie et celle du Livre
arabe..."
b)
Perspectives
Il n y a, assurément, pas de perspectives sans une politique claire,
programmée et réaliste de sauvegarde puis de valorisation des manuscrits.
Cette politique exige:
-
De faire le bilan des diverses actions déjà entreprises;
-
Faire un recensement de ce qui reste à faire;
-
Faire des actions suivies, balisées juridiquement (par conventions, législation
interne).
-
Pallier l'absence de personnel local qualifié par une formation théorique et
pratique( gestion des bibliothèques, inventaire, catalogage, micro-fichage,
encouragement des vocations.
Pendant longtemps les adversaires de cette politique niaient l'importance
et l'urgence de la sauvegarde du patrimoine écrit, de l'Afrique de l'ouest en général
et de la Mauritanie, en particulier. Ils arguaient que "les manuscrits étaient
des redondances (copies et/ou copies de copies) d'anciens ou textes trop récents
( XIXe ou XXe siècles) ou qu'ils ne traitent que de sujets islamiques".
Bien sûr nous nous opposons à ces théories dont les motivations, sans doute
spécieuses, sont difficilement avouables par leurs avocats.
Pour la sauvegarde-valorisation du patrimoine mauritanien de manuscrits
nous nous limiterons à présenter trois actions significatives à notre gré.
-
Le ministère de la culture et des affaires islamiques a défini sa "stratégie
quinquennale d'action culturelle 1997-2001",
en matière de manuscrits comme suit:
*
Collecte des manuscrits auprès de leurs détenteurs;
* Publication de ceux dont l'originalité est avérée;
*
Appui aux bibliothèques privées;
*
Création de centres de manuscrits dans les villes
et villages de l'intérieur; mise à la disposition des scientifiques des
manuscrits, mise en place d'un laboratoire de restauration des ouvrages abîmés.
Et
comme le disait avec son increvable humour et sa très grande sagesse, le
professeur émérite Théodore Monod: "Les manuscrits conservés en
Mauritanie n'ont pas attendu
D'être
découverts..."
Mohamed -Said ould Hamody